Un krach obligataire se traduit par la chute brutale du prix des emprunts d’État sur le marché secondaire, là ou s’échangent les obligations déjà créées (un peu comme les voitures se revendent sur le marché de l’occasion).
Un krach obligataire est généralement provoqué par une forte hausse des taux à long terme. Le point dans cet article.
Marché obligataire et krach obligataire : quels sont les risques ?
Un marché obligataire est un marché de prêts et d’emprunts de capitaux à moyen et à long terme. Alors que l’action représente une partie du capital d’une entreprise ou d’un État. L’obligation, quant à elle, représente une partie de la dette de l’entreprise ou État.
Comme tout marché de titres, le marché obligataire est soumis à plusieurs menaces. Parmi les principales, on recense :
- le risque de faillite, c’est-à-dire la possibilité que l’émetteur (État ou entreprise) soit dans l’incapacité d’honorer ses engagements ;
- le risque de liquidité, qui résulte de l’impossibilité pour le vendeur d’une obligation de trouver une contrepartie (quelqu’un disposé à lui racheter ses titres sur le marché secondaire) ;
- le risque de change, qui découle de l’évolution défavorable d’une devise étrangère (par exemple le dollar) dans laquelle est libellée une obligation acquise par un investisseur étranger ;
- le risque de taux : ce sont les taux qui conditionnent la valeur d’une obligation. S’ils dépassent le rendement délivré par l’obligation, le prix de cette obligation va baisser pour que son rendement réel s’ajuste au taux de marché.
Lorsque les banques centrales augmentent leurs taux directeurs, le cours des obligations en circulation baisse. L’inverse est également vrai.
La dernière crise obligataire d’ampleur mondiale s’est déclenchée en 1994, lorsque la banque centrale américaine américaine (Fed) a relevé ses taux directeurs sans pédagogie de marché.
Krach obligataire : comment survient-il ?
Des principaux risques évoqués plus haut, c’est la hausse des taux qui est considérée comme le plus redoutable. En effet, les autres menaces peuvent être jugulées :
- Pour échapper au risque de change, il suffit, par exemple, de n’acquérir que des obligations libellées en euros.
- Pour échapper au risque de faillite, on peut n’investir que dans des titres cotés AAA, comme les meilleures obligations d’État.
- Pour limiter le risque de liquidité, il est possible de suivre exclusivement les grandes émissions, plus liquides que les petites.
En revanche, il est impossible de se prémunir contre les fluctuations de taux, notamment si la duration des titres (rapport entre la durée de vie moyenne des flux financiers qu’ils génèrent et leur valeur actualisée) est longue.
En cas de forte variation de taux, la valeur des obligations anciennes chute, car les investisseurs leur préfèrent des titres plus rémunérateurs.
L’impact des variations de taux sur les obligations est mesuré par leur sensibilité. Plus la durée de vie de l’obligation est longue, plus sa sensibilité est élevée.
Exemple : une hausse de taux de 1 % fait baisser de 4 % la valeur d’une obligation d’une sensibilité de 4.
Un bon exemple de la mécanique néfaste engendrée par un krach obligataire a été fourni par la crise de 1994.
Lorsque banque centrale américaine a décidé de relever le taux de ses « Fed funds » de 3,0 % à 3,25 %, elle a pris le marché à contre-pied, personne n’étant préparé à un cycle de politique monétaire restrictive:
- Il s’agissait en effet du 1er resserrement monétaire depuis près de 5 ans. Sous l’effet de la surprise, les investisseurs ont commencé à s’affoler.
- Résultat, en l’espace de 12 mois, les taux américains à 2 ans sont passés à 7,7 % (+ 350 points de bases) et ceux à 10 ans à 8,0 % (+ 230 points de base).
- Cette flambée des taux s’est ensuite propagée à Londres, Paris et Berlin. Partout, les investisseurs ont bradé les anciennes obligations d’État qu’ils avaient en portefeuille, déclenchant un gigantesque cycle de pertes dans un climat de volatilité généralisé.
- Les pertes sur les portefeuilles obligataires ont mis au tapis pas mal de monde et même une grande banque londonienne, Salomon Brothers annonçant pour sa part une perte semestrielle de 370 millions de dollars.
Quelles sont les conséquences d’un krach obligataire ?
Les effets d’un krach obligataire sont au moins aussi lourds que ceux d’un crise sur les marchés d’action.
Des États affaiblis
Si les taux d’intérêt montent trop, ce sont d’abord les pays les plus faibles qui sont touchés :
- En effet, les investisseurs n’acceptent de leur prêter de l’argent qu’en contrepartie d’une prime de risque élevée.
- Durant la crise grecque, l’Espagne, l’Italie ou le Portugal ont notamment expérimenté cet état de fait.
Par ailleurs, comme ce fut par exemple le cas au Mexique en 1994 (« effet Tequila »), les investisseurs étrangers retirent massivement leurs capitaux des pays « malades », accentuant ainsi leurs difficultés structurelles.
Des compagnies d’assurances fragilisées
Les fonds en euros des assureurs sont essentiellement composés d’actifs obligataires :
- Une forte remontée des taux a donc pour effet de provoquer un mouvement de panique et des retraits d’épargne.
- Contraintes de vendre leurs lignes obligataires en moins-values latentes (pertes potentielles qui appauvrissent le titre), les compagnies sont obligées de limiter ou de différer les demandes de rachat pour ne pas tout perdre.
Un risque de récession économique
La hausse des taux provoquée par un krach rend les investissements plus coûteux, avec pour corollaire une baisse d’activité économique et une hausse mécanique du chômage.
En cas de krach obligataire, la situation économique des États est donc en danger.
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